samedi 18 février 2017

Réforme Barrette: un orthopédiste forcé d'annuler des opérations

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/

Publié le 16 février 2017 à 22h20 | Mis à jour le 17 février 2017 à 07h09
Avant le 31 octobre, l'orthopédiste de l'Hôtel-Dieu de... (Le Soleil, Patrice Laroche)
Avant le 31 octobre, l'orthopédiste de l'Hôtel-Dieu de Lévis, le Dr Jean-François Bégin, faisait lui-même le tri dans les dizaines, voire les centaines de demandes de consultations qu'il recevait chaque année.
LE SOLEIL, PATRICE LAROCHE
(Québec) Un orthopédiste de l'Hôtel-Dieu de Lévis, le Dr Jean-François Bégin, fulmine après avoir vu ses chirurgies annulées jeudi en raison d'une réforme du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.
Avant le 31 octobre, le Dr Bégin, qui se spécialise dans les chirurgies des membres supérieurs, faisait lui-même le tri dans les dizaines, voire les centaines de demandes de consultations qu'il recevait chaque année.
«Dans un monde idéal, on verrait tout le monde, mais on n'a pas les ressources pour le faire. On a donc instauré un système de priorisation des cas parmi ceux qui nécessitaient une chirurgie. Sur 10 consultations, on pouvait en céduler trois ou quatre qui avaient vraiment besoin d'une chirurgie», explique le médecin en entrevue au Soleil.
Or il y a quatre mois, le ministre Barrette a mis sur pied les Centres de répartition des demandes de services (CRDS) et transféré aux médecins de famille le pouvoir de déterminer ce qui est urgent ou pas, poursuit le Dr Bégin. 
«Résultat : depuis quatre mois, au lieu d'opérer 3 ou 4 cas sur 10, j'en opère 1 sur 25. Pendant deux semaines, je n'ai pas cédulé un seul rendez-vous, soit parce que la personne n'avait pas besoin de chirurgie, soit parce qu'elle n'était pas rendue au stade chirurgical, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas d'abord été traitée en physiothérapie ou avec des anti-inflammatoires, par exemple», déplore le DrBégin.
Malgré toute leur bonne volonté, les médecins de famille n'ont pas les connaissances pointues des chirurgiens orthopédiques, explique-t-il. «Je suis incapable de voir des cas qui ont réellement besoin d'être vus parce qu'on se fait envoyer n'importe quoi. [...] Ceux qu'on peut aider sont noyés parmi des patients qu'on ne peut pas aider!» résume le spécialiste, rappelant qu'il a des cibles à respecter, à défaut de quoi il s'expose à des pénalités.
Jeudi, le médecin a vu ses chirurgies annulées parce que son programme opératoire était incomplet, rapporte-t-il. «Je suis en vacances forcées parce que j'avais juste cinq heures de chirurgie au lieu de sept. Il faut que ce soit complet pour que je puisse avoir la salle», explique le Dr Bégin.
Au cabinet du ministre Barrette, on affirme qu'après vérification auprès du CISSS de la Chaudière-Appalaches, aucune chirurgie n'a été annulée en lien avec le CRDS. L'attachée de presse du ministre, Julie White, a du reste indiqué que le ministère de la Santé s'était entendu avec l'Association d'orthopédie du Québec (AOQ), sans donner plus de détails.
Nouvelle entente
Vérification faite auprès du président de l'AOQ, le Dr Robert Turcotte, une nouvelle entente de fonctionnement avec le CRDS a effectivement été conclue en début de semaine. «Dorénavant, les demandes de consultation vont être acheminées à l'hôpital, et c'est nous qui allons sélectionner les patients en fonction de l'urgence. [...] On va avoir plus de contrôle pour s'assurer que nos ressources sont utilisées au maximum de nos capacités», a précisé le DrTurcotte, tout en convenant qu'il s'agit essentiellement du même mode de fonctionnement qu'avant la mise en place du CRDS.
Au cours des dernières semaines, le Dr Turcotte et d'autres spécialistes ont fait état de problèmes liés au nouveau système, déplorant que les places de consultation qu'ils rendaient disponibles ne se remplissaient pas.
«Nos listes d'attente ont baissé de 25 %, passant de 8000 à 6000 patients, juste parce que les patients ne venaient pas à nous, que les rendez-vous ne se donnaient pas», illustre le président de l'AOQ, selon qui les CRDS ont été mis sur pied trop vite. «Le Ministère avait été averti qu'il y aurait des ratés, mais il n'a pas retenu les commentaires. Là, il s'est rendu à l'évidence. Heureusement que ce n'est pas toutes les spécialités qui font partie du projet...»
Pénurie d'infirmières
Le Dr Turcotte note par ailleurs un autre problème dans plusieurs blocs opératoires de la province, notamment à l'Hôtel-Dieu de Lévis, lié cette fois au manque d'infirmières.
«On fonctionne avec des budgets très serrés, de sorte que quand une infirmière part en congé maladie ou de maternité, il n'y a personne pour la remplacer, on n'a pas de réserves. À Lévis, il y a des salles d'opération qui vont être coupées pour les deux prochains mois par manque d'infirmières», dénonce le spécialiste, précisant que «ça prend six mois former une infirmière au bloc opératoire». 
«À plusieurs endroits, on arrête les salles d'opération à l'heure du dîner parce qu'il manque d'infirmières. [...] Ça coûte moins cher, mais le corollaire, c'est qu'on cancelle ou retarde des chirurgies», déplore-t-il.

La grippe chez le chat

PHOTO FOTOLIA ANNIE ROSS Vendredi, 3 novembre 2017 18:13 MISE à JOUR  Vendredi, 3 novembre 2017 18:13 En novembre, chaque ...